Alimentation des petits batraciens tropicaux :

 

 

Bien nourrir ses grenouilles exotiques est l'une des clés de la réussite du maintien en bonne santé des groupes.

  

La petite taille des dendrobates et des mantellas est la contrainte essentielle quant au choix des aliments à fournir. La seconde contrainte (certainement bloquant le développement commercial à grande échelle) est que ces animaux ne se nourrissent exclusivement que de proies vivantes.

 

Les proies vivantes sont essentiellement des petits insectes (majoritairement des drosophiles mais aussi, des pucerons, des grillons, des papillons, des termites), ainsi que d'autres invertébrés de petite taille comme des cloportes exotiques (par exemple ceux du genre trichorina), des collemboles exotiques (genres seria, folsomia).

  Pour pouvoir leur fournir quotidiennement des proies vivantes (les plus variées possible) il faut se lancer dans l'élevage. Les drosophiles (hydei et melanogaster) sont les plus rapides et faciles à élever hebdomadairement.

 

   

  

 

Les collemboles et les cloportes tropicaux nécessitent plus de soins au quotidien pour un rendement plus faible. Les grillons (genres Acheta, Grillus) sont également assez  faciles à reproduire avec un peu d'expérience. La meilleure technique que j'aie pu expérimenter reste encore l'utilisation d'un grand aquarium dédié à l'élevage massif des grillons. Une couche d'environ 8cm d'épaisseur d'un mélange de sable et de terreau (75/25) est chauffée par un cable chauffant (50 à 75 W). Ce substrat doit rester légèrement humide en sa moitié, juste assez pour ne pas dessécher les oeufs pondus, et pas trop pour ne pas développer des moisissures. Un bac de grande taille avec des adultes et sub-adultes bien nourris, sont les deux critères essentiels pour que pas ou peu d'oeufs ne soient déterrés et dévorés. Les micro-grillons se développeront en abondance. Il ne reste plus qu'à contrôler l'hygrométrie, retirer les adultes morts et donner une poignée d'herbe verte ou d'épluchures de carottes par jour.

 

 

Les cloportes tropicaux sont simples à maintenir mais ont un développement plutôt lent (et ne sont pas acceptés par toutes les grenouilles). Il est donc utile d'avoir plusieurs souches de culture pour en ponctionner occasionnellement une partie. Le milieu de culture est composé de tourbe blonde humide et de granulés de liège (80/20), le liège allégeant le substrat dans lequel les cloportes se déplacent. Ce mélange doit rester toujours légèrement humide au toucher. Les récipients de culture peuvent être des boîtes plastiques fermées avec quelques trous d'aération de faible diamètre. L'équilibre à obtenir se joue entre l'aération du milieu et le maintien constant de l'humidité ; s'il y a beaucoup d'aérations, il faudra passer du temps à vaporiser le substrat et surtout ne pas oublier quelques temps cette opération (il en est de même pour les collemboles).

Côté alimentation, les cloportes sont détritivores et se nourrissent facilement de tout ce qu'ils trouvent, y compris des cadavres de congénères (donc un léger oubli de ce côté-là n'est pas dramatique). Ils se nourrissent très bien de morceaux de végétaux comme la pomme et le potiron. Les avantages à leur donner ce type d'aliments sont qu'ils ne mangeront pas tout en un jour et qu'un morceau de potiron restitue son humidité au milieu, une oasis en quelque sorte. 

  

Les bruches (genre Callosobruchus) sont une source alimentaire occasionnelle que certaines grenouilles n'acceptent pas. La carapace 'chitineuse' semble être la principale gêne amenée par cet insecte comestible pour les grenouilles. Ce petit coléoptère est très facile à maintenir à partir du moment où l'on prépare les nouvelles souches avec l'aliment unique des larves qui est le haricot blanc à oeil noir (parfois difficile à se procurer dans notre pays). Les pots de culture sont maintenus à la chaleur (par exemple au dessus des terrariums, à proximité des éclairages).

 

Enfin, pour nourrir une femelle un peu affaiblie par des pontes successives, ou une grenouille un peu maigre, une cure de teignes de ruche (plutôt du genre Achroea, plus difficile à se procurer mais plus petite que le genre Galleria) peut être bénéfique mais il s'agit d'un aliment très riche et 'gras' qui ne doit pas être consommé trop souvent.

 

Les poissons d'argent (genre Thermobia), ceux vivant en milieu très sec (et non-pas ceux que l'on trouve parfois dans les coins humides d'une salle de bain) sont très bien acceptés par les grenouilles. De forme élancée et fuselée, ils sont bien ingérés même par les petites espèces. L'élevage doit être fait à proximité d'une source de chaleur apportant au milieu de culture une température de 30 à 35°C. ils se nourrissent facilement de paillettes pour poissons d'aquarium.

 

  

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 En conclusion, les grenouilles exotiques trouveront dans une alimentation variée ce qui leur est nécessaire pour vivre en bonne santé. Des analyses ont cependant révélé que les dendrobates très toxiques dans la nature, perdent en grande partie leurs toxines 'cutanées'. Ceci est dû essentiellement à l'alimentation en captivité ne leur apportant pas les substances nécessaires pour recréer ces composés. Des espèces très toxiques comme les Phyllobates terribilis et P. bicolor nées en captivité semblent être assujetties à des maladies de peau. Cette sensibilisation pourrait être due à l'absence (ou minoration) de ces substances toxiques ayant un rôle protecteur pour la grenouille.

En dehors de cette carence difficile à combler (essayer de nourrir ses Phyllobates avec des fourmis venimeuses (Myrmica rubra par exemple) semble délicat), l'apport en sels minéraux et notamment en calcium et phosphore, est également très important pour leur santé (là encore en essayant de se rapprocher du ratio optimal pour ces grenouilles). Pour ce faire, des compléments enrichis en vitamines et sels minéraux se trouvent facilement dans le commerce. Le tableau ci-dessous présente quelques insectes avec leur ratio Ca / P. Ce rapport chez les batraciens semble correct à environ 1,5 / 1. Ce ratio chez les insectes est inférieur à 1 car ils ne possèdent pas de squelette, un apport est donc nécessaire :

 

 

 

 Insectes

Ratio Ca / P

Grillons domestiques

< 0,1

Larves de teigne de ruche

< 0,1

Sauterelles

0,13

Asticots

< 0,1

 

 

De plus, malgré une alimentation riche et variée, la fixation de la vitamine D3 essentielle à la vie (elle sert notamment à fixer le calcium), est synthétisée à partir de la vitamine D en présence de rayonnements UV. Donc même si ces grenouilles vivent dans la végétation dense des forêts tropicales, elles s'exposent aux rayonnements solaires une partie de leur journée. Des sources lumineuses ont été créées spécialement pour les animaux vivant en forêt dense. Ces sources lumineuses indiquent qu'elles apportent de faibles quantités d'UV B. Il est conseillé d'utiliser notamment des néons ayant un apport en UV B allant de 2 à 5%. Une récente étude britanniqe a révélé que ces apports n'étaient pas suffisants. D'abord, si on compare la teneur en UV B produite par ce type de source lumineuse, à celle produite naturellement sous nos latitudes au printemps, on s'apperçoit que ces  néons produisent très peu de rayonnements UV B. Si on veut apporter une source lumineuse se rapprochant de ce que pourrait percevoir l'animal en pleine nature, il faudrait utiliser des néons à 10 % d' UV B (ceux préconisés pour des animaux vivant dans des milieux désertiques). Les UV B étant filtrés par le verre des terrariums, il faudra posséder soit une vitre supérieure en polymère non-filtrant, soit une grille. L'intensité lumineuse perçue est fonction de la distance entre la source lumineuse et l'animal exposé ; il s'agit d'un autre point à ne pas négliger (voir le graphique ci-dessous) :

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